Opinion | Un regard critique sur le processus électoral de la FÉÉCUM

*Collaboration spéciale*

Une autre année, une autre élection de la FÉÉCUM. Les candidats changent, mais les idées, pour la plupart, se ressemblent. En tant qu’observateurs externes aux quelques dernières élections et d’acteurs dans le milieu universitaire, nous jugeons bon de partager nos réflexions et nos inquiétudes suite à la plus récente campagne électorale.

Il faut d’abord reconnaître la participation de 32,4 % de la population étudiante au scrutin, un taux à la hausse comparativement aux deux dernières élections générales de 2020 et 2021, où la participation se chiffra à 28,9% et 27,1 % respectivement. Il ne faut toutefois pas crier victoire trop rapidement puisque cette participation reste en deçà de la moyenne des dix dernières années qui se chiffre à 34,7 %. Il faut aussi souligner un événement majeur ne s’étant pas produit dans les dix dernières années : la victoire électorale d’une étudiante internationale contre un étudiant canadien. Nos plus sincères félicitations à Jovial, nous te souhaitons bon succès. Nous sommes heureux de constater que la population étudiante ait pu élire la candidate présentant la plateforme la plus complète et pertinente en fonction du poste visé sans se limiter aux divisions culturelles.

Cela étant dit, cette campagne électorale a également permis de relever plusieurs lacunes importantes avec le processus électoral de la FÉÉCUM, perpétuant un cercle vicieux que nous démontrerons plus bas. Lors de cette campagne, le problème majeur fut sans aucun doute le manque de compréhension des postes de la part de certains candidats. Ce manque de compréhension a tendance, au cours des dernières années, à dangereusement inciter une transition d’un discours de fond axé sur les fonctions à un discours à tendance populiste, aux arguments faciles, faibles et paresseux, démontrant par le fait même soit un désintéressement envers le poste visé, une faible capacité d’extrospection et de pensée critique ou des motivations personnelles ne concordant pas avec la mission de la FÉÉCUM.

À titre d’exemple, nous pouvons soulever certains points flagrants provenant de la plateforme de certains candidats, démontrant la tendance vers un discours populiste se présentant sous trois formes différentes.

D’abord, il y a la présence d’un discours contenant des affirmations non fondées et parfois même irréalistes, donnant lieu à de la désinformation. Dans ce domaine, en tant qu’étudiants en éducation, nous avons été insultés de constater que certains candidats affirmaient que les fondements de l’université reposent sur l’état des infrastructures, idée qui est complètement ridicule et à l’encontre de tout fondement pédagogique. Ensuite, on retrouve les idées empruntées aux autres postes tel que les intentions de certains candidats à la vice-présidence exécutive de « réduire l’utilisation de plastique à usage unique à l’université » ou de « renforcer la réparation des logements », alors que ces deux exemples se veulent tous deux êtres des dossiers de l’interne. Finalement, il y a eu les idées obsolètes et à faible impact, qui ne constituent pas des enjeux réels, tels que les questions relatives au stationnement.

Ces discours furent utilisés régulièrement par certains candidats sans aucune considération pour le cadre des fonctions du poste pour lequel ils se présentent dans le but, consciemment ou non, de soumettre l’électorat à une forme de manipulation émotionnelle en exploitant des sophismes et d’ainsi aller chercher des votes faciles. Cette tendance n’est cependant pas nouvelle ; dans les années passées, nous avons également pu observer ces mêmes promesses irréalistes, comme baisser les frais de scolarité plutôt que de parler de militer pour une baisse des frais de scolarité; ces idées empruntées, comme « améliorer la participation étudiante aux activités de la FÉÉCUM » dans des plateformes de vice-présidence exécutive; ainsi que ces idées à faible impact, comme améliorer la qualité du papier de toilette ou réduire le coût du permis de stationnement du campus.

L’un des problèmes du présent système électoral est que son format se veut particulièrement exclusif et favorise le vote basé sur l’apparence plutôt que le contenu de la plateforme, en faisant de facto un système axé sur la popularité des candidats. Certes, cette perspective peut être avantageuse d’un point de vue électoral pour certains postes nécessitant une position d’avant-scène politique, comme la présidence ou la vice-présidence externe, mais elle l’est beaucoup moins pour les postes de vice-présidence académique et de vice-présidence interne, dont la majorité du travail est principalement effectuée à l’arrière-scène. De plus, une semaine n’est clairement pas suffisante pour apprendre à bien connaître les candidats et pour juger de leur compétence. En comparaison, dans une élection provinciale ou fédérale, les candidats disposent de plusieurs mois pour faire valoir leur cause. En se limitant à une semaine, l’électorat ne peut se baser que sur des impressions superficielles découlant d’un processus vague de serrage de main.  L’idée n’est pas ici de suggérer une campagne électorale de plusieurs mois pour les candidats de la FÉÉCUM, mais de souligner l’inefficacité du format actuel.

Ce format électoral a, par conséquent, de lourds impacts tant sur le système actuel que sur l’engagement et les actions de l’électorat. Sous ce format, la qualité des candidats s’en voit considérablement réduite, et impose un désavantage clair aux minorités du campus, qu’elles soient facultaires (certaines facultés sont plus nombreuses que d’autres et les étudiants auront tendance à voter pour un candidat faisant partie de son « groupe »), cycliques (les étudiants des cycles supérieurs sont généralement socialement moins proches des étudiants de premier cycle, ils doivent donc déployer plus d’énergies pour se faire connaître), sexuelles ou ethniques. De plus, le cirque électoral peut en éloigner plusieurs, ne voyant pas la pertinence de se retrouver sous les projecteurs, ce qui élimine des candidats ayant les compétences nécessaires à occuper un rôle à la FÉÉCUM. Relevons aussi l’avènement de pages anonymes comme udamemes ou spotted : umoncton, qui posent un regard beaucoup moins critique et moins filtré sur les candidatures, allant même, dans certains cas, jusqu’à porter des attaques gratuites contre un candidat en particulier.

L’ensemble de ces facteurs fait en sorte que, de plus en plus, les candidats restants, suite à cette purge sociale, n’ont pas l’expérience requise pour effectuer les tâches demandées et sous-estiment l’ampleur du défi se trouvant devant eux. Plusieurs élus se retrouvent donc rapidement débordés par les obligations d’un poste dont ils ne comprenaient pas pleinement l’ampleur et la dimension, ce qui cause des démissions ou des destitutions. Ce phénomène, combiné avec le manque d’intérêt envers le processus électoral, a engendré une vacance de plusieurs postes électoraux, ce qui forcera, à l’automne 2022, le déclenchement d’une élection partielle pour une quatrième année consécutive.

Une telle instabilité a un effet considérable sur la perception qu’ont de la FÉÉCUM tant les étudiants que les acteurs externes, menant à une perte de confiance envers la fédération étudiante et une difficulté à négocier avec les partis externes à l’organisme, comme le gouvernement provincial ou l’administration de l’université. Cela crée, malheureusement, une baisse du sentiment d’appartenance envers la FÉÉCUM de la part des étudiants, mais aussi une recherche identitaire de la part de la fédération, ce qui vient baisser l’engagement au sein de la population étudiante et qui rapporte à la problématique de cercle vicieux mentionnée ci-haut.

Suite à nos observations, nous constatons clairement le besoin criant d’une réforme électorale. Il faut tout d’abord trouver une façon d’éloigner le processus électoral du concours de popularité auquel il est actuellement associé. Il est clair qu’une élection basée sur des aspects et des impressions autant superficiels, comme il en est présentement le cas, a un effet particulièrement nocif envers la vitalité de la fédération, mais aussi la garantie d’un processus électoral inclusif et équitable. La réforme électorale, qui à ce point se veut nécessaire, devrait également inclure une garantie quelconque d’une meilleure représentation des minorités, ainsi qu’être axée sur la compétence des candidats. Enfin, le nouveau processus électoral devra comprendre des dispositifs pour mieux assurer la compréhension des rôles et des enjeux auprès de ses candidats.

Sur un plan plus large, une réforme électorale ouvre aussi la porte à une restructuration systémique de la FÉÉCUM, qui se veut plus que jamais nécessaire pour un milieu académique en constante actualisation. Il est primordial que la FÉÉCUM reprenne le processus de restructuration organisationnel qui semble avoir été mis sur la glace suite au référendum de 2020, qui n’a pas su aller chercher l’intérêt de la population étudiante de l’époque. Le nouvel exécutif devra également s’assurer de ne pas répéter les erreurs de ses prédécesseurs, notamment au niveau du manque d’information, de consultations et de transparence quant à la rédaction d’une nouvelle constitution.

Francis Bourgoin est sénateur académique et ancien vice-président académique de la FÉÉCUM.

Édouard Lacroix est un étudiant en éducation.

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