Rap en Acadie : une scène présente, mais qui manque de visibilité



30 avril 2021

Par

Félix Arseneault


La scène musicale acadienne est en pleine effervescence. Plusieurs jeunes artistes sont déjà dans le milieu et s'installent tranquillement dans la longue histoire de la musique en Acadie. Mais qu’en est-il de la scène rap? Selon les artistes, la scène rap existe et se développe, mais n’a pas la visibilité souhaitée par ceux-ci.


« C’est à nous autres les artistes de continuer jusqu’à temps qu’on peut plus denyer. Mais c’est difficile de travailler quand, les ressources sont données à des gens ou des artistes que le monde est ‘’plus confortable’’ avec. Tu peux continuer de knocker à la porte, but si on ne t’ouvre pas… », affirme Denzel Subban lorsque questionné sur la place du hip-hop en Acadie.


Celui qui fait partie de la Tide School, studio et label fondé par Arthur Comeau, affirme qu’il n’existe pas beaucoup de structure pour appuyer le rap en Acadie. Selon celui qui était à la programmation du festival Acadie Rock de 2020, la plupart des grands festivals et les concours musicaux ne sont pas assez ouvert à la culture hip-hop.


« Malgré le fait qu’on continue à sortir de la musique, les radios continuent de juste jouer les choses que le monde va dire ‘’oh ça c’est acadien’’. Comme qu’est-ce qui est Acadien anymore? », se questionne-t-il.


Denzel Subban


Denzel Subban commence à faire du rap à 13 ans. Inspiré par une grande diversité d’artistes, il affirme que d’entendre des gens faire du hip-hop dans sa langue et avec son accent l’ont motivé à écrire.


« Je savais que j’aimais du rap, je savais que j’aimais du R&B pi du soul. Pi la Jacobus et Maleco ont sorti, pi je suis comme ‘’oh my god, c’est possible de la faire de la façon que tous mes amis parlent et de la façon que je parle?’’ »


Hockey Player Money de Denzel Subban, Arthur Comeau et Micheal Saulnier


Le rapper Acadien puise ses inspirations de ses expériences de vie. « Ça qui a beaucoup influencé ma perspective, pas yinque dans la musique mais dans la vie, c’est le fait d’avoir grandi comme une double minorité, étant une minorité visible à cause de la couleur de ma peau, mais aussi un francophone dans une province anglophone. »


« Ça qui rend mon son unique, c’est mon histoire. Y’a pas d’autre rappeur noir acadien. C’est sûr que tu ne veux pas toujours être le token black guy, but en même temps quand t’écoute la musique tu peux entendre l’histoire. Quand tu écoutes vraiment, quand tu lis les lyrics t’es comme ‘’oh man y’a un message’’. »


Le rap néo-brunswickois


John Haché, alias Jono, fait du rap depuis plusieurs années et a débuté en faisant ses propres « beats » sur FL Studio.


« Je n’avais personne pour vraiment embarquer sur mes beats, pi j’ai toujours écrit. C’est un peu de même que ça à commencer. »


Jono au Fest Forward 2020


Le rapper autodidacte a été fortement influencé par le rap américain. Celui qui écrit en chiac et en anglais aimerait voir une plus grande plateforme pour les disciplines qui entourent le rap et la culture hip-hop.


« Ça a toujours été le but. Non seulement le rap, but le hip-hop en général. Je veux essayer de créer un endroit à Moncton, même en Acadie, où c’est plus accessible », affirme Jono.


Jono et son DJ Metaphyzik


Avec plusieurs chansons à son actif et un premier projet à paraitre prochainement, celui qui est originaire de Dieppe ressent une distance entre l’industrie musicale acadienne et le hip-hop.


« Il y a un disconnect entre l’industrie pi les gens qui font du hip-hop. Probablement par ce que l’industrie est plus focussé around le folk, so c’est ça que les gens regardent pour. Il y a définitivement une culture qui est forte, c’est juste qu’elle n’est pas tout le temps exposé. »


Du rap de Sainte-Marie-Saint-Raphaël


Originaire de la Péninsule Acadienne, Franko LaMoya a su créer un engouement autour du rap dans les années 2000. Ses chansons ont été jouées par Guy A. Lepage à l’émission Tout le monde en parle. Il est resté plusieurs semaines au sommet des palmarès néo-brunswickois avec sa chanson Juste pour toi. Plusieurs spectacles au Congrès mondial acadien de 2009. Première partie de Sir Pathétik, Sans Pression et Danny Fernandez, Franko LaMoya a fracassé les barrières à partir de son village natal de Sainte-Marie-Saint-Raphaël.


« Quand tu dis que tu pars de nulle part, tu pars vraiment de nulle part, affirme Franko LaMoya. Dans la Péninsule acadienne, il y avait aucune base. Il n’avait pas vraiment de culture rap, de culture hip-hop. »


Né François Gionet, il est tombé dans le rap un peu par accident alors qu’un ami lui a fait écouter DMX, rappeur américain décédé récemment.


« Je ne sais pas pourquoi, mais ça m’a vraiment faite aimer le rap, pi j’ai commencé à en écouter plus et ensuite l’analyser. J’ai réalisé que c’est un style de musique que j’aimais beaucoup, avec lequel je trouvais un sentiment d’appartenance. »


Franko LaMoya


Fortement influencé par des rappeurs francophones comme Sniper, Youssoupha, la Sexion d’assaut, le 83 et Sans Pression, il a su lever des foules dans une époque ou l’industrie musicale était en transition entre le disque compact et les plateformes d’écoute en continue.


« C’était une période de temps qui était un peu bizarre, je n’avais pas nécessairement d’agence non plus pour m’aider à faire de la promotion. Je faisais toute pas mal moi-même. »


Malgré ce succès, Franko LaMoya a mis sa carrière sur pause lors de la dernière décennie. Le départ de certains de ses amis avec qui il enregistrait à influencer la motivation de celui qui avait toujours envisagé une carrière dans un autre domaine.


« J’ai laissé ça de côté pour poursuivre une carrière universitaire, plus professionnel, mais mon espoir est que quelqu’un se donne vraiment à fond là-dedans pi que ça donne quelque chose de grandiose. »


We Rock Da Party de Franko LaMoya avec GonZo


Franko LaMoya affirme que c’est difficile d’être un artiste rap en Acadie alors que l’industrie musicale n’est pas « nécessairement toujours là pour nous supporter. »


« La promotion n’est pas vraiment là, les agences ne sont pas nécessairement là pour le rap. Une nouvelle vague ferait du bien au rap acadien pi de montrer un peu ce qu’on est capable de faire. »


Plus de visibilité


Les trois rappeurs se disent tous d’accord que le rap doit avoir plus de visibilité en Acadie. Selon Denzel Subban, la langue ne devrait pas être un frein à faire de la musique et de son exportation.


« Let’s dream big pi quand y’a un de nous autres qui perce, faut que la next personne qui perce, perce plus loin », affirme Denzel Subban.


Jono fera paraitre son premier projet Party Chenous cet été grâce, en partie, au support de la bourse pour les artistes émergents de Musique NB. Il croit que l’ouverture d’un dialogue avec l’industrie aiderait, non seulement les rappeurs, mais aussi l’industrie elle-même.


« C’est vraiment de parler et de collaborer pi d’être ouvert à peut-être des choses qu’on ne comprend pas, surtout si on est dans l’industrie pi qu’on n’a jamais écouté de hip-hop. Je pense c’est juste de donner une chance pi une opportunité aux gens qui font ça », affirme Jono.


Pour ce qui est de Franko LaMoya, il pense à son retour, mais ne sait pas si le moment est encore opportun.


« Je pense que ça serait juste une question de timing pi avoir la bonne équipe autour de ça pour pouvoir lancer le projet. C’est peut-être que l’Acadie n’est pas nécessairement prête pour avoir ce style de musique là full blast. Si j’avais l’opportunité, une bonne opportunité qui s’offrirait à moi, je pense que je la considérerais. »


Le rap en Acadie bouillonne. Que ce soit avec la Tide School en Nouvelle-Écosse. Que ce soit avec les artistes du sud-est du Nouveau-Brunswick comme Jono ou Les Moontunes avec leur fusion de jazz, de rock et de hip-hop. Que ce soit avec l’humoriste Coco Belliveau et son battle rap. Que ce soit avec Wolf Castle de la première nation Pabineau, une scène hip-hop se dessine.


Denzel Subban croit que la scène rap doit se rapprocher, s’appuyer et continuer de dévoiler de la nouvelle musique. Une nouvelle flamme s’est rallumée en lui dans la dernière semaine pour lui redonner la motivation nécessaire.


« Stay tuned parce que Denzel Subban is back. »


Pour écouter les artistes présents dans l’article :

Denzel Subban : https://www.youtube.com/playlist?list=PL_sPTPd61yH_yLSOtttnKXXEh3kf-eixM

Jono : https://soundcloud.com/jono-bke?fbclid=IwAR3Tb0p7_f4j2OlrGWA8O50eL7MxwZAPrbzIvrlmMQFGmBNbfm2171NiOag

Franko LaMoya : https://soundcloud.com/frankolamoya


D’autre rap Acadien et Néo-brunswickois à découvrir :

• Arthur Comeau : https://arthurcomeau.bandcamp.com/album/prospare

• Coco Belliveau : https://www.youtube.com/watch?v=MdXwb-3qRcc

• Ethan Peters Beats : https://soundcloud.com/ethanpetersbeats

• Flacko Finesse : https://soundcloud.com/officialflackofinesse/when-u-need-me-feat-wolf-castle

• Gabriel Malenfant/Gabio : https://www.youtube.com/watch?v=L0x6QuP7pSs

• Jacobus et Maleco : https://www.youtube.com/watch?v=qwAspVN50MI&list=OLAK5uy_krgI1VcEvMRFu5WyLhoNpsJkUGF9WB2qg

• Les Moontunes : https://lesmoontunes.bandcamp.com/releases?fbclid=IwAR1Y8LjEensR6sel2L0uk63yk_HfqqV0BZSE0S3qUYovaRSbUL44ZopXTi0

• Micheal Saulnier : https://www.youtube.com/channel/UCcJZjbaLyB5A2RhRUE2O7rA

• Mike à Vik : http://www.tideschool.com/mike-a-vik

• Petipé : https://www.youtube.com/watch?v=yFTyyke7Q3c

• Radio Radio : https://radioradio.bandcamp.com/ https://www.youtube.com/watch?v=86cTh-MQqd8

• Timo : https://www.youtube.com/watch?v=a6zaWLuQHWM

• Wolf Castle : https://soundcloud.com/wolfcastleofficial